Quand la Samaritaine rencontre le TTO

Samaritaine TTO

Huguette Van Dyck a été pendant plus de 30 ans la directrice de la Samaritaine. Le lieu ferme pour cause de travaux et elle en profite pour se retirer de la scène. Nathalie Uffner, directrice du TTO (Théâtre de la Toison d’Or) accueillera les derniers spectacles de la Samaritaine au Little TTO. Mais ces deux femmes se connaissent depuis bien longtemps et partagent une passion commune. Rencontre avec ces deux piliers de la scène culturelle bruxelloise.

Nous rencontrons Huguette Van Dyck, directrice de la Samaritaine (H) et Nathalie Uffner, directrice du TTO (N) à la Samaritaine même. Dans cette belle cave du 15ème siècle à deux pas de la célèbre place du Sablon et à l’orée des Marolles, nous nous attablons et discutons…

Vous vous connaissez depuis combien de temps ?

N: Depuis très longtemps… 30 ans…

H : Oui c’est ça 30 ans !

N : J’avais 26 ans la première fois que j’ai joué à la Samaritaine… Le lieu était créé depuis peu.

samaritaineComment la Samaritaine est-elle née ?

H : À l’époque je tenais un magasin traiteur et juste à côté j’avais un atelier où je faisais des confitures, des terrines, des gâteaux et des choses comme ça…et un jour à l’approche des fêtes de fin d’année, le propriétaire me dit « Si vous n’avez pas suffisamment de place, j’ai une cave pas loin avec des frigos où vous pourrez stocker vos produits ». Quand je suis arrivée dans cette cave, tout était humide et il y avait une forte odeur de moisi, je me suis dit que je n’allais pas mettre mes gâteaux là… Par contre, j’étais dans une phase de ma vie où je voulais changer…et c’est un peu comme si cette cave m’appelait… Je suis retournée voir le propriétaire du lieu après les fêtes et j’en ai fait un café-théâtre.

N : Moi, quand je suis arrivée à la Samaritaine, je croyais vraiment que ce lieu existait depuis toujours (rire) ! Je sortais du conservatoire et j’avais un profile un peu atypique… on ne voulait pas de moi dans les spectacles classiques…J’ai donc vite compris que je devais faire moi-même mes propres trucs. Je suis donc allée trouver Huguette et je lui ai proposé un spectacle…« Café Panique »…Huguette m’a dit « OK »… et pendant plusieurs années, ce fut merveilleux… Je faisais diverses propositions et Huguette les acceptait avec enthousiasme… Ça m’a permis d’acquérir une confiance en moi, de me dire que j’étais légitime dans ce métier…Sentiment que je n’avais pas du tout en sortant du conservatoire… 

samaritaineAujourd’hui la Samaritaine ferme à cause d’un bail…

H : Oui, ce n’est pas à cause du propriétaire, mais c’est parce qu’il va faire de gros travaux qui vont prendre un an et demi, voir deux ans… Ce qui est très bien, car tout va être remis en état. Puis mon bail s’arrêtait… Quelque part, je me dis que c’est très bien comme ça… Ce lieu va avoir une seconde jeunesse…Le propriétaire tient à ce que ça reste un lieu de spectacle donc si quelqu’un veut se lancer dans l’aventure…

Et donc le TTO accueille la Samaritaine…

N : C’est ça comme la Samaritaine ferme en septembre et que Huguette avait déjà imaginé sa programmation…

H : Oui quand j’ai appris pour les travaux, j’ai appris en même temps que le TTO lançait « The Little TTO » puisque bon…je n’allais pas demander sa grande salle…

N: Oui le Little TTO ne peut qu’accueillir que 100 places…ce qui n’est déjà pas si mal… La Samaritaine était un peu comme un modèle, en fait, au départ…dans sa manière de fonctionner…Puis avec mon mari qui est l’un de mes 5 associés, nous avions fait un spectacle à la Samaritaine…donc il nous a semblé tout à fait logique de les accueillir… Puis Huguette est incroyable…Tous les jours, elle dirige ce café-théâtre avec succès et tous les soirs elle est derrière le bar… Il faut le faire quand même !

samaritaineVous êtes toutes les deux directrices d’un lieu culturel: est-ce difficile d’ouvrir un théâtre ou un café théâtre à l’heure actuelle ? 

H: Je vais vous dire que c’était déjà difficile en 1985… ce fut 32 ans difficile..

N: Oui et Huguette a fait ça toute seule aussi…enfin elle s’est bien entourée…mais elle était seule…Moi, pour le TTO, on était 5.

H: Oui il y a Christian Labeau qui est devenu président de l’ASBL…qui a été plus qu’un soutien…Lucas est notre régisseur depuis 2 ans et on est vraiment triste d’arrêter notre collaboration…

N: Ce qui serait fantastique c’est que la Samaritaine puisse encore exister dans le futur…que quelqu’un reprenne le flambeau…Je pense que ce qui est difficile en Belgique, c’est qu’il y a beaucoup de comédiens et de lieux culturels comparés aux spectateurs. Le nombre de spectateurs est trop petit par rapport à l’offre à Bruxelles….ce qui veut dire que beaucoup de théâtres jouent vides…Puis quand on voit, il y a 3 conservatoires, il y a deux écoles l’INSASS, l’IAD, … cela représente un grand nombre d’étudiants chaque année qui en sortent…

samaritaineTrouvez-vous qu’il y ait moins de spectateurs par rapport à avant ? 

N: Au TTO, nous avons la chance d’en avoir plus chaque année (rire) ! Nous ne sommes pas dans ce cas-là…Après l’humour est un bon créneau probablement…comparé à des théâtres qui font plus de la recherche…à savoir qu’ils vont proposer des choses qui ne plaisent pas à tout le monde… Dans ce cas de figure là, c’est normal que ce sont des lieux qui doivent être plus aidés, que nous, qui sommes plus grand public.

H: Moi j’ai toujours eu ma moyenne de spectateurs…ça n’a jamais réellement varié…Moi je prends le parti qu’il faut que les spectacles me plaisent… Si ça me plaît, je sais que ça plaira en général aux autres… Toi aussi Nathalie, tu prends ce que tu aimes…

N: Oui, moi c’est pareil…quand je me dis “ça risque de ne pas plaire au public” alors je ne prends pas…mais c’est une plus grande responsabilité: avoir une plus grande salle…Une grande salle coûte cher donc je ne peux pas me permettre qu’un spectacle ne fonctionne pas…Nous sommes donc condamnés au succès (rire ) !

H: De tout temps, les gens ont besoin de rire…et j’espère qu’ils riront encore à la Samaritaine !

Plus d’infos ?

www.ttotheatre.com