Benjamin Colaux: portrait d’un réalisateur

Benjamin Colaux

Benjamin Colaux est l’auteur et le co-réalisateur du documentaire “Reveka” qui a été sélectionné aux derniers Magrittes du cinéma belge. Il travaille actuellement sur son prochain documentaire “Austral” qui aura pour thème un homme qui quitte sa famille pour affronter la mer et ses dangers. Rencontre avec cet artiste aux multiples facettes.

Comment avez-vous commencé votre carrière ? 

Par hasard (rire ) ! Quand j’étais plus jeune, je voulais devenir musicien. J’avais 18 ans, un groupe de rock et je voulais partir au Pérou y jouer. Mon père s’y est opposé. Il voulait que je fasse des études pour devenir ingénieur. J’ai donc négocié et je suis arrivé dans une école de cinéma (rire) ! J’aimais le cinéma. J’étais beaucoup touché par les films de David Lynch, Lars Von Trier ou encore Kubrick. Donc il y avait quand même un intérêt derrière…

Et la passion est née à ce moment-là ? 

Exactement ! Au bout d’un an, j’étais complètement mordu ! Après une année passée à la réalisation, je suis arrivé au montage. J’ai beaucoup appris à ce moment-là. Mes premiers boulots consistaient à faire des montages de bandes annonces. En parallèle, je me suis dirigé vers la photographie expressive et j’ai suivi des cours de théâtre. Je voulais pouvoir diriger des acteurs correctement. C’était une période de ma vie vraiment très enrichissante.

Comment “Reveka” est-il né ? 

benjamin_colauxTout a commencé en 2002… A l’époque j’étais parti avec Christopher Yates (co-réalisateur de Reveka) en Argentine pour réaliser un documentaire sur des hommes de la Cordillères des Andes. Nous avions décidé de passer par les montagnes et nous nous sommes complètement perdus. On a réussi finalement après plusieurs jours de marche à prendre un bus et nous sommes arrivés à Potosi complètement épuisés. C’est là dans un bar que nous avons fait la connaissance de Bismarck. Après quelques verres et une bonne conversation, il a décidé de nous emmener dans une mine…une mine particulière… Elle se situait à 4500 mètres d’altitude et il nous a fallu ramper pour arriver dans la galerie… Et puis… la magie noire du lieu s’est opérée… Des visages sont apparus sur la roche, des ombres apparaissaient et disparaissaient subitement. Nous étions entourés de fantômes. Nous sommes sortis de la mine sans un mot et c’est dans un silence de plomb que nous avons commencé à écrire…Reveka était né.

Vos documentaires s’étalent sur plusieurs années. Reveka est né en 2002 et est sorti en 2016. Comment procédez-vous pour travailler avec des “vrais” gens aussi longtemps et aussi loin ?

Si je reprends l’exemple de Reveka… On avait le lieu, l’idée du scénario, le matériel possible pour le réaliser même si ça a pris beaucoup de temps… Après il fallait convaincre les gens de nous montrer leur vie, de partager des histoires, de partager une forme d’intimité, … Quand on a eu enfin trouvé ces miniers, nous avons filmé pendant trois semaines. Puis nous sommes retournés sur Bruxelles et nous avons dû présenter notre projet afin de lever les fonds nécessaires pour le produire. Une fois qu’on les a eus, nous y sommes retournés… et nous avons filmé 7 mois entre 2010 et 2013. Quand on réalise un documentaire, nous travaillons avec des vrais gens donc c’est important de voir leur évolution au fil du temps.

benjamin_colauxQuel est le plus dur pour vous dans ce métier ? 

Le financement… Ça prend du temps et de l’énergie et parfois le temps est compté pour un documentaire. On peut perdre des gens… ou un lieu. Avec Reveka la mine menaçait de s’effondrer si c’était arrivé nous aurions dû tout recommencer. Pour Austral, mon prochain documentaire c’est pareil aussi…

Et Austral s’annonce-t-il bien ? 

Après quelques petits problèmes, je pense que je pourrai repartir en octobre et en avril. Et j’espère une sortie en 2019. Après j’ai encore d’autres projets en tête… De quoi occuper les prochaines années à venir (rire) !