Marie-Paule Kumps:
« C’est horrible, mais rions-en ! »

Marie-Paule-Kumps

Marie-Paule Kumps est une actrice, autrice et metteuse en scène belge. Depuis sa sortie de l’IAD, elle n’a pas arrêté de fouler les planches de tous les théâtres de notre plat-pays. Elle forme, à la vie comme à la scène, un couple avec le comédien belge Bernard Cogniaux avec qui elle multiplie les projets qui connaissent tous un grand succès. Connue du grand public pour son rôle de Mamie Nelly dans l’émission pour enfants Ici Bla-Bla qu’elle joua jusqu’à l’arrêt de l’émission en 2010, Marie-Paule Kumps est avant tout une femme tour à tour enjouée, positive et surtout passionnée… 

Vous venez d’une famille de quatre enfants. Petite, vous aimiez déjà l’écriture et vous regardiez des comédies avec vos parents… Est-ce de là que nait votre passion pour le théâtre et l’écriture ? 

Marie-Paule-KumpsJe ne sais pas si ça vient de là…. Finalement où est l’inné de l’apport ? Est-ce que c’est dans tes gênes ? Ou dans le milieu dans lequel tu es ? Je ne sais pas la proportion. Dans ma famille, nous avions beaucoup d’humour, nous rigolions souvent et c’est vrai que nous regardions des comédies américaines avec Doris Day, Dean Martin, Jerry Lewis … J’adorais ce décalage ! J’ai toujours été extravertie. À l’école, on me choisissait comme déléguée de classe ou quand il fallait lire un texte à voix haute. À 12 ans, je suis rentrée dans les mouvements de jeunesse et j’ai adoré. C’est devenu ma deuxième famille. Très vite, je suis devenue responsable et j’aimais m’occuper de la compagnie. Il y avait près de 50 personnes. Lors des animations, je faisais du théâtre et de l’écriture… et qu’est-ce que j’aimais ça ! C’était intuitif puisque je n’allais pas à l’académie. Je ne sais pas d’où ça venait, car mes parents n’allaient pas au théâtre. Quand j’ai découvert le théâtre avec l’école, jeune adolescente, ça m’a plu et j’ai voulu y aller par moi-même. Mes parents étaient assez ouverts. J’allais seule, je prenais le tram et j’allais voir des spectacles. 

Et quand est-ce que l’idée d’en faire un métier est arrivée ? 

Marie-Paule-KumpsJe n’ai pas eu l’idée. Je ne pensais même pas qu’on pouvait en faire un métier et qu’il existait des écoles, que ça pouvait être quelque chose de sérieux. Je pense que je ne savais même pas que je voulais être comédienne. Je me souviens que les professeurs me poussaient à aller à l’université. Je m’imaginais en avocate, car c’était la plaidoirie, c’était parler et défendre… Finalement, je me suis dirigée vers la sociologie à l’ULB, mais très vite après j’ai arrêté, car j’avais plein d’autres choses intéressantes à faire dans ma journée et que je n’avais pas assez de 24h pour les réaliser et je trouvais ça trop théorique… Puis, je me suis inscrite à l’IHECS en communication qui était encore à Tournai. Jusqu’au jour où une de mes amies est arrivée chez moi en me disant qu’elle s’était inscrite à l’IAD pour devenir réalisatrice. Et elle me dit : « Tu sais Marie-Paule, il y a deux sections, dont une, en théâtre et j’ai pris le livret pour toi, car ça a l’air génial et je trouve que c’est ça que tu devrais faire « . Nous étions un vendredi et après avoir parcouru le livre, j’ai tout de suite téléphoné. Les examens d’entrée commençaient lundi. Je devais fournir une série de documents pour l’inscription. Ce fut un peu la course, mais le lundi je commençais les deux semaines qui constituaient l’examen d’entrée à l’époque ! Dès que j’ai mis mes pieds dans cette école jusqu’au jour où j’en suis sortie; je me suis amusée comme une folle. C’était comme être dans un grand camp de scouts. Encore aujourd’hui, je m’amuse toujours autant…

Qu’avez-vous ressenti quand vous avez réalisé que vous étiez à votre place ? 

J’ai ressenti ça : que j’étais à ma place, mais sans vraiment me le dire avec ces mots-là. Je me suis dit que c’était ça que j’aimais et je comprenais. Nous avions travaillé avec Claude Evrard, un grand comédien français et j’avais l’impression que tout ce qu’il disait je comprenais. Comme vous dites, je me sentais à ma place comme si toutes les pièces du puzzle se mettaient bien. 

Une fois l’IAD terminé, vous êtes directement engagée. C’est quand même assez fou dans ce métier, car beaucoup de comédiens rament en sortant des études ?

Marie-Paule-KumpsOui et il y a beaucoup de gens talentueux qui, pour un tas de raisons, rament ! Que ce soit pour des questions de chance, de rencontres … Moi, je touche du bois : je n’ai jamais arrêté de travailler même quand j’étais enceinte et que j’avais mes enfants. J’ai eu beaucoup de chance ! Après, j’ai aussi un caractère positif. Je suis quelqu’un d’énergique et j’ai toujours 10 000 idées, toutes ne sont pas bonnes, mais en tout cas il y a toujours des envies. Dans les périodes plus creuses, j’ai très vite écrit et j’ai monté des spectacles qui ont bien fonctionné. Je n’étais pas attendre à côté de mon téléphone en me lamentant. Puis, petit à petit, j’ai eu la confiance de certains théâtres à Bruxelles. Si je viens avec un projet, je suis écoutée. Ça ne veut pas dire qu’on va le faire, mais au moins on prend le temps de m’écouter. Je me suis parfois créé mon propre travail, mais ça s’est toujours bien mis et j’avais des gens pour m’épauler. Je n’ai jamais eu des exigences de dingue et j’ai monté des choses avec trois francs six sous, mais j’étais heureuse. Je ne pense pas avoir fait des spectacles complètement débiles. Ce n’est pas du tout prétentieux, j’ai juste eu de la chance. J’ai certainement fait des choses moins bonnes, mais à ce moment-là dans ma vie, j’avais quelque chose à y prendre. J’ai probablement fait des pièces moins intéressantes, mais ça me nourrissait à un autre endroit. Le rôle que je jouais m’apprenait quelque chose sur mon métier. Aujourd’hui, je suis peut-être plus exigeante, car j’ai envie d’être en adéquation avec ce qu’il va se raconter sur le plateau. Ce qui était moins le cas quand j’étais plus jeune, car à ce moment-là ce qui m’importait était de jouer. À nouveau, j’ai beaucoup de chance, car tout ce qu’on m’a proposé ces dernières années était une parole que j’avais envie de défendre. 

Et en 1989, vous faites une rencontre déterminante à la ligue d’improvisation : Bernard Cogniaux qui deviendra votre mari. Mais au commencement, vous étiez amis et déjà vous travailliez ensemble ?

Marie-Paule-KumpsOui, on s’est rencontré à la Ligue d’impro. Nous étions collègues de travail et puis nous sommes devenus très vite amis. Le travail a été toujours essentiel pour moi. Si je dois avoir des regrets, c’est peut-être me dire que j’aurais dû être plus cool, profiter plus de mes enfants. Je pense que quand j’étais avec eux je profitais, mais je jouais souvent le soir. Je me souviens de mes enfants qui en pleurant me disaient : « Ne pars pas jouer maman ». Et on jouait beaucoup. Le travail a toujours été vital pour moi, mais parce que c’est un travail-passion. Il y a des gens qui se contentent d’un travail alimentaire avec un horaire fixe. Moi, ce n’est pas le cas. Je ne regarde jamais ma montre quand je travaille. Donc j’ai rencontré Bernard via le travail et puis nous sommes tombés amoureux et les choses se sont toujours bien enchaînées. Il y a des choses dans ma vie pour lesquelles je vais me poser un milliard de questions, il y en a d’autres qui sont venues toutes seules. Bernard et moi, nous sommes très très différents, mais il y a toujours un moment où on se retrouve. On a travaillé souvent ensemble même un moment où l’on s’est dit que c’était peut-être un peu trop. Ce qu’il y a avec l’âge, on sait un peu plus ce qu’on veut, de ce qu’on ne veut pas. Ce qui donne des conversations plus passionnelles…mais sur le plateau : c’est le grand bonheur. 

Qu’est-ce que vous aimez justement dans le fait de vous retrouver sur des projets, car c’est loin d’être évident de travailler avec son conjoint ?

Marie-Paule-KumpsJe crois qu’il y a un endroit où on est différent, mais il y a un endroit où on aime tous les deux l’écriture, quand ça traite d’un sujet qui nous parait important, quand on s’attache aux personnages, et quand sans le faire exprès on écrit des choses qui sont drôles… Parce que je suis de nature optimiste et Bernard est plutôt pessimiste. Alors, nous écrivons des choses cyniquement drôles parce que la vie, c’est ça : c’est selon comment tu regardes. Tu dis : « C’est horrible, mais rions-en ! ». Nous sommes allés à Londres, il y a quelques années et nous sommes allés voir « Constellation ». Cette pièce nous a transportés. Le jeu d’acteurs était dingue. Nous avons directement voulu la monter. Là, nous nous retrouvons dans notre passion. Ces dernières années, nous n’avons plus écrit de notre propre chef à deux peut-être parce que nous avons beaucoup écrit à nous deux… Bernard a écrit des choses seul. Et moi, j’ai mes projets à moi. « Saison 01 », nous l’avions écrit il y a 13 ans.  J’avais beaucoup discuté avec Nathalie Uffner en disant que ce serait chouette de faire une série au théâtre et j’avais proposé à Bernard qu’on l’écrive ensemble et il avait accepté. A l’époque, nous avions écrit 6 épisodes sur 3 soirs. C’était une très longue série et le public a suivi. Nathalie est venu nous chercher pour cette saison-ci, avec l’idée de refaire une série. On a dit OK, mais on l’a réécrit. Aujourd’hui, « Saison 2.0 « tient en un seul soir sur 4 épisodes. 

Justement, « Saison 2.0 » est une satyre du milieu théâtral…

Oui, il s’agit d’une mise en abîme. C’est amusant de faire au théâtre une série comme si tu étais devant Netflix, dans laquelle l’histoire se passe dans un théâtre ! Et puis, on connait bien le sujet ! 

Il y a l’écriture, la comédie, la mise en scène et aussi vous organisez des ateliers d’écriture…

Les ateliers d’écriture sont une chose que je ne fais pas depuis longtemps, entre 5 et 10 ans, mais que j’adore ! Quand j’anime des ateliers, j’essaye que ce soit à chaque fois différent. Je les ai toujours ouverts à qui veut. C’est vraiment très chouette ! 

L’endroit dans toutes ces activités où vous vous sentez le mieux ? 

Marie-Paule-KumpsPour le moment, c’est l’écriture. J’écris beaucoup. Là, je suis contente, car j’ai un spectacle qui va se jouer aux Galeries: « Larguez les amarres« . La différence avec le TTO qui fait vraiment confiance aux auteurs contemporains et aux jeunes auteurs, c’est que les Galeries travaillent généralement avec des auteurs qui ont déjà été montés. Donc c’est vraiment génial qu’ils m’aient choisi et qu’ils prennent ce risque. Il y a d’autres choses que je suis en train d’écrire donc on verra ce que ça donnera dans le temps. Pour « Saison 2.0 », c’est Bernard qui a commencé la mise en scène et puis comme il était en tournée, j’ai repris le flambeau ! Je suis venue beaucoup au début, comme lui est venu en journée après pour suivre l’évolution donc on peut vraiment dire que nous avons fait la mise en scène à deux. Et je me suis dit : « Mais qu’est-ce que j’aime ça » !! Je suis amoureuse des comédiens, je les trouve tellement bien.  Il n’y a aucune frustration. J’aimerais bien faire plus de mise en scène…

Un rêve un peu fou que vous voudriez réaliser ? 

Marie-Paule-KumpsJe me vois toujours dans des résidences d’écriture à Rome, à New York, à Londres… Peut-être qu’un jour, ça arrivera… Quand j’étais plus jeune, je voulais sortir de la Belgique. Travailler 3 mois à Rome, 6 mois à Berlin… J’aimerais bien que « Larguez les amarres » soit joué à Paris par des acteurs français. Je sais que quand j’étais jeune, je voulais être montée aux Galeries. C’est un grand théâtre qui a une jauge de 880 places ! Et puis, c’est un rêve qui s’est réalisé enfin qui va se réaliser ! 

Je vous avais vu dans « Tout au bord » à Avignon. C’était en dehors de la Belgique (rire)…

Oui, c’est vrai ! C’était très chouette ! Et une fois avec les Galeries, nous avons joué un spectacle et une longue série dans un théâtre qui fait des comédies à Lyon. C’était très amusant ! 

Marie-Paule-KumpsPlus d’info ? 

www.mariepaulekumps.be

www.ttotheatre.com

 

Photos : @Brussels Is Yours